L’air marin

Je me sens grosse. Je fais partie des « sans », sans domicile, sans relation physique, sans regard amoureux. J’aime l‘eau qui se frotte et se faufile à mes pieds, le mouvement de la marée, le ressac, la jouissance de ce va-et-vient.Mon vague à l’âme. Devrai-je nager, m’engloutir dans cette mer, ma frimousse, ma jolie tronche, seule émergeant ?

Toi, ta présence, là, juste à côté de moi, ta jeunesse, le ventre plat, fesses galbées, et petite poitrine. Nage, nage ma belle, tu t’éloignes de moi, s’il te plait, laisse ma voie libre de sable mouillé. Laisse- moi être pénétrée de cette odeur d’eau salée, m’envahir les narines aux orteils, me traverser.

Beaucoup plus jeune, je me serai aventurée à m’approcher de toi, te parler, un brin de cour. L’air marin a toujours était pour moi aphrodisiaque. Tu ne me regardes pas, mais si tu le voulais, tu saurais que j’ai aimé autant les femmes que les hommes.

Être enivrée de parfum iodé, parfum d’amour. Être dans mes villes préférées, celles du bord de mer. Être heureuse, me sentir bien, un grand bol d’air, parenté d’un souvenir de mon enfance à la ferme : « bois petite ton grand bol de lait », disait ma mère, « profite ! » .Oh ! que oui ! que j’en ai profité, un peu trop même. Mes rondeurs, en fait je m’en fous. J’aimerais courir, plonger, nager sous l’eau avec toi voisine de plage, te faire des culbutes dans les vagues, te caresser, nous aimer.

Lundi au boulot, les collègues, derrière leur guichet, me chambreront un peu : alors Fernande ! T’es encore parti au grand large, pour ces vacances, tu as une bouille resplendissante, hein la mer, c’est bien ça le plus vivifiant ?

Moi, subrepticement entre deux clients, je ferme les yeux, et respire à fond le peu d’air marin qu’il me reste et je rêve à toi.
la plage

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