Archives de l’auteur : sarlat

ATELIER DU 9 mai

In-tranquille je suis,

Dans le village désert.

Si l’homme parfois effraie,

Ici, c’est son absence.

Du linge flottant à la fenêtre

Signale une présence.

Où est-elle ?

In-tranquille, je glisse

Dans les rues désertes

Tous mes sens en éveil.

Par la porte entr’ouverte

D’un vieux bar délabré

J’ose balayer du regard

Un espace sans vie.

Seulement, des photos,

Visages sans sourire,

Absence de couleurs.

In-tranquillité.

Deux ombres furtives

Détournent mon regard.

Je les suis en courant,

Trébuchant dans un amas

De fils de fer emmêlés,

Jusqu’au bout de la rue.

Un sourire s’esquisse,

Quand à bout de souffle,

De loin je vois ma barque,

Qui tangue sous le vent.

A côté une femme et son enfant,

Font des ricochets.

Tout à l‘heure, elle ôtera le linge

De la fenêtre et le rangera dans l’armoire.

ATELIER DU 5 avril (exposition GIACOMELLI)

Ah ! Tu veux que je suggère l’Italie par une impression graphique, comme un bavardage intérieur et nocturne ou comme l’intimité de l’amour qui se cache dans les chemins interdits où flotte le souvenir d’un tremblement de terre?

Comme un avion mis en orbite, je recherche, le nez au vent, sans pensées dominantes, libre.

Apparaissent alors, sans fin, des champs, des lacs et des écorces qui gribouillent des sillons joyeux en pelote d’encre.

Les anciennes tapisseries des maisons délabrées tracent au hasard des mikados noircis par le temps comme les rides des visages usés par l’indigence et l’abandon.

L’Italie suggère la beauté à la profondeur d’un regard. Elle dissimule l’impression opaque des miroirs transparents derrière l’entrelacement de la vie qui s’écoule.

Les arènes de Madrid

 

  • Atelier du 14 mars 2016

Trois photos en noir et blanc prises aux arènes de Madrid

Dénommées «  La plaza de las ventas » ce sont les plus grandes arènes d’Espagne. Inaugurées en juin 1931, elles peuvent contenir 23798 personnes.

C’est veille de corrida. Les arènes retiennent leur souffle. Aucun bruit. Dans le cortal, le taureau attend.

  • Chacun s’affaire à sa tâche, et tous pensent à lui. Quelques heures avant son entrée en piste, le torero nous accorde une pose. Il a vu le taureau, il connait la finca où il a grandi, il sait quelle herbe il a brouté, il est au courant de sa généalogie. Pourtant, pas d’émotion sur son visage,  il est campé sur ses jambes fines, légèrement écartées,  dans une attitude majestueuse.  Chaussés de zapatillas noires, ses pieds sont posés en position ouverte sur le sol. Il a déjà revêtu l’habit de lumière. Camisa blanche, panoleta glissée dans le chaleco et chaquetilla. Dans sa main gauche croisée sous la droite, à hauteur de sa taille il tient la toque qu’il posera tout à l’heure sur sa tête. La talequilla moulante s’arrête à mi- mollets, il ne porte pas de bas. Le jeune homme est élégant. Un visage délicat, des cheveux frisés coupés courts, des oreilles plaquées, un nez droit et des yeux vifs. Il est sympathique.
  • Plus loin, le garçon d’arène, bien que très occupé, accorde un instant à l’œil du photographe dans la pénombre  du couloir qui mène aux cortals. Son habit clair fait une tâche de lumière. Il surprend par son allure lourde, puissante et son air soucieux. Une tête ronde, des cheveux courts, et noirs, il fronce les sourcils qui surplombent de petits yeux sombres. Une fossette au menton attire le regard. Sa blouse claire s’arrête au niveau de la taille. Les boutons du haut sont ouverts sur une chemise sombre. Le pantalon dont le bas est négligemment rentré dans des bottes en plastique blanc est de la même couleur claire que la blouse. A côté de lui, son outil de travail, une sorte de brouette attend qu’il se libère.
  • Nous le quittons pour rejoindre la marchande de fleurs dans un couloir lumineux aux murs blancs. Elle est ravie de jouer la star. Elle pose dans une attitude très féminine, un peu aguicheuse, pied gauche en avant, épaule droite légèrement offerte, nécessaire au commerce avec la gent masculine. Ses cheveux blonds sont peignés en arrière, l’oreille gauche est dégagé, alors qu’une mèche frôle l’œil droit. Des boucles d’oreilles tombantes et brillantes  s’accordent avec la coiffure. Elle porte un haut à encolure carrée bordée de larges fleurs soulignant une poitrine généreuse. Sa jupe à gros pois, s’arrête au-dessus du genou. A hauteur de la taille elle tient, non pas, comme le torero une coiffe mais un bouquet de trois fleurs. Elle a le visage agréable des bonnes commerçantes.
  • Demain chacun tiendra son rôle pour que la fête soit parfaite.

 

Le shérif

15 Février 2016

Quand ma grand-mère a disparu, un matin de février, alors qu’elle était allée, comme tous les jours, faire une promenade dans le bois qui jouxtait leur maison, isolée dans la campagne périgourdine, et qu’elle n’a jamais été retrouvée, mon grand-père a paru très affecté. Pendant des semaines il est resté cloîtré, ne mangeant presque rien, ne sortant plus. Pourtant ils ne s’étaient jamais entendus, ce n’était un secret pour personne. Ils ne se parlaient que par pure nécessité. Ma grand-mère était une femme timide, très effacée et entièrement soumise à son mari. Elle n’avait jamais travaillé. Lui, avait consacré sa vie à la police. Pourtant l’enquête s’étiola et prit fin assez rapidement. Lorsqu’il nous montra la photo d’un village créé pour recevoir les personnes âgées, quelque part en Arizona, nous fûmes rassurés sur son état mental. Il partit donc. Nous habitions Londres et n’avions que peu contacts avec lui. Sa décision nous soulagea. Hier en rangeant de vieux papiers, je suis tombée sur la photo de ce village. Deux ans déjà qu’il est parti. Depuis aucune nouvelle. J’avoue ne pas avoir beaucoup pensé à lui. Je restais un moment devant cette photo. Pourquoi était-il parti si loin abandonnant complètement les recherches malgré ses relations. Mon cerveau m’envoya alors : « malgré ou grâce à… ». Ce qui me vint à l’esprit, ne pouvait être balayé. Je me confiais à mon mari qui partagea mes doutes, et nous avons décidé de lui rendre visite. C’est ainsi qu’un matin de printemps nous nous sommes retrouvés face à lui, dans une petite maison qu’il occupait avec une dame coquette, bruyante, riante, tout le contraire de ma grand-mère. Il nous apparut tellement heureux, rajeuni, détendu, naïf dans son bonheur tout neuf, et dans son habit de shérif (on ne change pas) que par un regard complice, nous avons décidé de taire nos questions.

Une idée qui faisait son chemin

 

Ce matin il a remis la pendule en marche. Il est 15 heures quand il s’assied à la table de la cuisine. Il revoit les quatre hommes descendre avec précaution le cercueil dans la fosse, à la même heure, hier.

Il écrit : « Vieillard, bon pied bon œil, cherche aide dans le même état pour tromper solitude.

Coquette maison, piano qui attend des doigts de fée pour chanter, et

Vieillard ne demandant qu’à danser.

Sur le buffet une enveloppe déjà timbrée et pré-adressée est posée. Il glisse sa feuille à l’intérieur et, muni de son déambulateur se rend à la boite à lettres la plus proche.

25 janvier 2016

Les reflets de lumière ont disparu, laissant

Un vide sombre avaler le bonheur.

Reste l’inquiétude possible.

Le personnage professionnel, droit, parfois jovial

Est pourtant ridicule ou gracieux jusqu’à la perfection.

L’attitude trahit la peur.

Narcisse ironique, pose pour d’aguicheuses idoles

Prêt à se faire attendre,

Impatience insatisfaite.

exposition Alexandre Grégoire

Femme, silhouette élégante, chignon lâché, mouvement en liberté, blondeur ébouriffée et talons scintillants.

Homme, possible attente concrète, pointe tendue et ferme comme un stalactite, croise, décroise, plonge, esseulé. Impossible envol d’un théâtre de carton.

Restent des stalagmites hurlants groupés dans la cave en béton de la prison émergeant d’un pli abstrait en trompe l’oeil et chuchotant une réalité fuyante.

La fête au village

photo-octobreJe me souviens de la file de camions, arrivant sur la place du village, comme une promesse,
Je me souviens de la course folle dans l’escalier, pour aller mettre la belle robe et se laisser coiffer,
Je me souviens des mains tremblantes qui déroulent le papier de la loterie : PERDU
Je me souviens du sourire de ma sœur quand elle a reçu l’énorme ours en peluche rose
Je me souviens de la beauté, un peu effrayante des foraines, et de leurs grandes boucles d’oreilles qui me fascinaient,
Je me souviens des ballons multicolores qui dansaient dans leur cage, en attendant le claquement sec de la carabine,
Je me souviens, que, tard le soir, les yeux grands ouverts dans le noir, je rêvais de gros lots et de tours de manège.

la photo du mois : L’air du large

la plageDepuis trop de jour déjà, elle était dans un état d’hébétude dont rien ni personne ne semblait pouvoir la distraire.
Elle agitait nerveusement la souris, cliquant compulsivement, le regard rivé sur l’écran. Ses yeux d’un bleu profond trahissaient sa tristesse.
Immobilité soudaine. Elle lit. Un imperceptible sourire apparaît sur ses lèvres pâles.
-Voilà, c’est là.
Elle se laisse aller sur le dossier de son fauteuil, le regard absent. Une grande lassitude s’empare de son corps. Pourtant elle compose un numéro sur son téléphone. Lire la suite