ATELIER DU 9 mai

In-tranquille je suis,

Dans le village désert.

Si l’homme parfois effraie,

Ici, c’est son absence.

Du linge flottant à la fenêtre

Signale une présence.

Où est-elle ?

In-tranquille, je glisse

Dans les rues désertes

Tous mes sens en éveil.

Par la porte entr’ouverte

D’un vieux bar délabré

J’ose balayer du regard

Un espace sans vie.

Seulement, des photos,

Visages sans sourire,

Absence de couleurs.

In-tranquillité.

Deux ombres furtives

Détournent mon regard.

Je les suis en courant,

Trébuchant dans un amas

De fils de fer emmêlés,

Jusqu’au bout de la rue.

Un sourire s’esquisse,

Quand à bout de souffle,

De loin je vois ma barque,

Qui tangue sous le vent.

A côté une femme et son enfant,

Font des ricochets.

Tout à l‘heure, elle ôtera le linge

De la fenêtre et le rangera dans l’armoire.

ATELIER DU 5 avril (exposition GIACOMELLI)

Ah ! Tu veux que je suggère l’Italie par une impression graphique, comme un bavardage intérieur et nocturne ou comme l’intimité de l’amour qui se cache dans les chemins interdits où flotte le souvenir d’un tremblement de terre?

Comme un avion mis en orbite, je recherche, le nez au vent, sans pensées dominantes, libre.

Apparaissent alors, sans fin, des champs, des lacs et des écorces qui gribouillent des sillons joyeux en pelote d’encre.

Les anciennes tapisseries des maisons délabrées tracent au hasard des mikados noircis par le temps comme les rides des visages usés par l’indigence et l’abandon.

L’Italie suggère la beauté à la profondeur d’un regard. Elle dissimule l’impression opaque des miroirs transparents derrière l’entrelacement de la vie qui s’écoule.

portrait chinois du lâcher-prise

janvier 2016

Ça pourrait être une estampe japonaise:
Montagnes noyées dans la brume.
Ça pourrait être une saison d’herbe neuve:
Corps qui guettent les premiers soleils.
Ça pourrait être une maladie mélancolique:
Fièvre, tapis volant entre rêve et réalité.
Ça pourrait être un poisson ailé:
Porté par le courant, flotté au gré du vent.
Ça pourrait être une ruche de mousse:
Alvéoles moelleuses, vibrations graves, air irisé.
Ça pourrait être un trémolo qui berce:
Masse et accompagne le souffle.
Ça pourrait être la mélodie d’une contrebasse:
Mélopée conduisant à la transe.
Ça pourrait être la dernière lettre de l’alphabet:
Zen,zigzag, zoner, zéphyr, zénith.
Ça pourrait être une invitation au vide,
A l’ici et maintenant.
Ça pourrait être un parfum d’enfance:
Dans le beurre qui fond sur la crêpe du gouter.
Ça pourrait être le style de Marguerite:
Épure de vocabulaire, répétition, respiration.
Ça pourrait être la phase ultime d’un jeu:
Partage d’un rire fou contagieux ;

le peuple du buffet

mars 2016

minusculeLes buffets sont habités. Tout un monde s’y est développé à l’abri des regards des humains.
Il s’agit d’un univers miniature avec ses propres systèmes sociaux, des mondes parallèles qui s’ignorent.
Chaque meuble, chaque étagère, chaque tiroir recèle un mode de vie particulier.
On ne peut pas trouver de fil conducteur entre ces univers, si ce n’est la toute petite taille des êtres qui les peuplent.
Réduisons notre focale pour entrer dans le buffet de Madame Berthe et faire la connaissance du petit peuple des siettes.
Notre interlocutrice, Melle Vessel explique le mode de vie de son peuple.

« Nous vivons dans une HLM.
Dans nos maisons, lisses, plates, chaque famille a son étage.
Nous, peuple des siettes, connaissons des continents voisins : il y a les creusiettes et les ptisiettes ; Ils sont parfois étranges mais nous arrivons à communiquer ; les creusiettes ne sortent jamais de chez eux, de hautes barrières les en empêchent.

Notre vie est tranquille, chacun vaque à ses occupations ; nous sommes pacifiques, mais assez individualistes, tout se passe sur un seul étage de l’HLM ou nous vivons en famille ;
Sur l’étage qui est le logement d’une famille cohabitent une quinzaine d’individus d’age et de réserve d’énergie très différents.
Les plus faibles qui se déplacent peu, sont chargés d’instruire les plus récents ; ceux-ci débordent d’énergie, ne veulent pas l’économiser et rient quand les faibles leur conseillent de ralentir ; ils courent partout, jouent, posent des questions, et comment, et pourquoi, et veulent aller voir dans les autres étages ; Lire la suite

si j’étais architecte

5 février 2016

Si j’étais architecte, je me consacrerai à construire une cabane dans les arbres ;
Enfant, je passais des heures à califourchon dans le cerisier au milieu des merles ;
Je voudrai une bicoque, un abri tout petit, avec juste le nécessaire, un lieu intime destiné au voyage immobile.
Je dessinerai la cabane de mes rêves, un peu biscornue, un peu douillette avec de la lumière chlorophylle, des cerises ou des mangues à portée de main.
Conception sans vis : tenons et mortaises. Je devrai peut être abattre un arbre, j’en tirerai des planches que je polirai longtemps, avec patience.
Elle fonctionnera avec une éolienne aux pales de bois, de toutes petites cellules photo- électriques et il y aura récupération des eaux de pluie.

Je révolutionnerai le monde des fausses cabanes dans les campings de luxe ;
Je prouverai qu’on peut faire du beau avec quelques bois nobles, avec des bois simples, avec de l’osier ; Lire la suite

sérendipité

La sérendipité
17/01/2016

Du frigo à la mobylette

Mon papy, il raconte toujours la même histoire ; moi je sais que c’est vrai, mais la maitresse, elle m’a dit que j’étais un fa-bu-la… » quelque chose, ça veut dire qu’elle ne me croit pas !
Le grand père de mon papy, je sais bien qu’il a existé parce que j’ai vu une photo ; Pépé Eugène qu’il s’appelait ; il vivait dans l’ancien temps ; mon papy, il l’aimait beaucoup ; il l’aimait parce que c’était inventeur !
Il avait un hangar à Balma, il fabriquait des choses ;
Un jour il a voulu inventer un frigo ;
Moi je sais que les rois avant, pour garder des choses froides, ils faisaient porter de la glace des glaciers dans la montagne on la mettait bien tassée dans un trou et ça s’appelait une glacière. Du temps de pépé Eugène, y avait l’électricité, qu’elle existait pas du temps des rois.
Alors le pépé, il a eu l’idée de garder le froid avec l’électricité.
Mais avant, il fallait trouver comment fabriquer du froid, on ne pouvait pas continuer à aller le chercher dans les montagnes !
Le pépé, comme c’était un savant il savait que les gaz quand on les mélange ça fait de la chimie ; il avait vu aussi en nettoyant des trucs en fer que l’ammoniaque ça dégage du froid ;
Pour garder les gaz qui peuvent faire du froid, il faut les rendre liquides ; même la maîtresse elle le sait que les gaz peuvent devenir liquides, elle nous l’a appris avec la vapeur d’eau ;
Alors, mon papy, il m’a dit que l’idée de génie du pépé ça a été d’inventer un « con-presseur » : c’est une machine qui serre très fort les gaz et ça les fait liquides ;
Après on les met dans l’armoire qui garde le froid ; il faut faire un mélange, ça s’appelle un mélange « cry-o-gène » ; c’est dur de se rappeler de ce mot, mais je le sais par cœur à force d’écouter mon papy qui raconte toujours la même histoire quand on mange et qu’il a bu l’apéro ; maman je vois que ça l’énerve….
Dans le hangar de papy Eugène, des produits chimiques, y en avait plein, de toute sortes et un jour au lieu de mettre l’ammoniaque, il a mis de l’essence dans le compresseur ;
Il a compressé l’essence et ben, ça a fait une explosion !
Très forte ; les lunettes du pépé sont cassées et tout ce qui était autour du compresseur est parti et même lui le gros et lourd compresseur, il s’est déplacé !
Alors le pépé, il a compris qu’avec la force de cette explosion on pouvait faire bouger des choses ;
Il a essayé beaucoup, souvent, tout le monde disait qu’il était fou parce que ça faisait boum et boum…
Quand il a compris comment ça marchait, il a pensé de mettre le compresseur sur son vélo ; et ben, le vélo, il avançait tout seul, plus besoin de pédaler !
Mon papy, il dit que ça faisait peur à tout le monde, les gens disaient que c’était l’œuvre du diable.
Le pépé, il allait partout avec son invention, il l’avait appelée la bicyclette mobile, puis il disait la « mob ».
La maitresse elle dit que c’est pas vrai que le pépé Eugène a inventé la mob, elle dit que c’est monsieur Peugeot qu’a inventé la mobylette.
Mais moi je sais que ce monsieur, il a volé l’idée du pépé ; il avait des sous, il fabriqué beaucoup de bicyclettes mobiles, il en a vendu plein et est devenu plus riche encore ; après il a fait des cyclomoteurs et des velosolex qui sont d’autres sortes de la mob du pépé Eugène.
Le pépé Eugène, il a été très malheureux qu’on a jamais dit que c’est lui qui avait trouvé cette belle l’idée en cherchant a fabriquer du froid ; on n’a même jamais dit que c’était lui qui avait fabriqué le « proto-type » ;le prototype ça veut dire ça veut dire le premier exemplaire, l’invention. Même qu’il a plus voulu rien inventer après.
Mon papy, il a vu le chagrin de son grand père et c’est pour ça qu’il en parle tout le temps ; Quand maman est fâchée que papy il parle toujours de ça, papa, il dit que c’est un « trauma familial » ; là je ne sais pas ce que ça veut dire parce que moi je connais des mots de mécanique parce que mon papy il me les raconte, mais je connais pas bien les autres mots !

Les arènes de Madrid

 

  • Atelier du 14 mars 2016

Trois photos en noir et blanc prises aux arènes de Madrid

Dénommées «  La plaza de las ventas » ce sont les plus grandes arènes d’Espagne. Inaugurées en juin 1931, elles peuvent contenir 23798 personnes.

C’est veille de corrida. Les arènes retiennent leur souffle. Aucun bruit. Dans le cortal, le taureau attend.

  • Chacun s’affaire à sa tâche, et tous pensent à lui. Quelques heures avant son entrée en piste, le torero nous accorde une pose. Il a vu le taureau, il connait la finca où il a grandi, il sait quelle herbe il a brouté, il est au courant de sa généalogie. Pourtant, pas d’émotion sur son visage,  il est campé sur ses jambes fines, légèrement écartées,  dans une attitude majestueuse.  Chaussés de zapatillas noires, ses pieds sont posés en position ouverte sur le sol. Il a déjà revêtu l’habit de lumière. Camisa blanche, panoleta glissée dans le chaleco et chaquetilla. Dans sa main gauche croisée sous la droite, à hauteur de sa taille il tient la toque qu’il posera tout à l’heure sur sa tête. La talequilla moulante s’arrête à mi- mollets, il ne porte pas de bas. Le jeune homme est élégant. Un visage délicat, des cheveux frisés coupés courts, des oreilles plaquées, un nez droit et des yeux vifs. Il est sympathique.
  • Plus loin, le garçon d’arène, bien que très occupé, accorde un instant à l’œil du photographe dans la pénombre  du couloir qui mène aux cortals. Son habit clair fait une tâche de lumière. Il surprend par son allure lourde, puissante et son air soucieux. Une tête ronde, des cheveux courts, et noirs, il fronce les sourcils qui surplombent de petits yeux sombres. Une fossette au menton attire le regard. Sa blouse claire s’arrête au niveau de la taille. Les boutons du haut sont ouverts sur une chemise sombre. Le pantalon dont le bas est négligemment rentré dans des bottes en plastique blanc est de la même couleur claire que la blouse. A côté de lui, son outil de travail, une sorte de brouette attend qu’il se libère.
  • Nous le quittons pour rejoindre la marchande de fleurs dans un couloir lumineux aux murs blancs. Elle est ravie de jouer la star. Elle pose dans une attitude très féminine, un peu aguicheuse, pied gauche en avant, épaule droite légèrement offerte, nécessaire au commerce avec la gent masculine. Ses cheveux blonds sont peignés en arrière, l’oreille gauche est dégagé, alors qu’une mèche frôle l’œil droit. Des boucles d’oreilles tombantes et brillantes  s’accordent avec la coiffure. Elle porte un haut à encolure carrée bordée de larges fleurs soulignant une poitrine généreuse. Sa jupe à gros pois, s’arrête au-dessus du genou. A hauteur de la taille elle tient, non pas, comme le torero une coiffe mais un bouquet de trois fleurs. Elle a le visage agréable des bonnes commerçantes.
  • Demain chacun tiendra son rôle pour que la fête soit parfaite.

 

Le shérif

15 Février 2016

Quand ma grand-mère a disparu, un matin de février, alors qu’elle était allée, comme tous les jours, faire une promenade dans le bois qui jouxtait leur maison, isolée dans la campagne périgourdine, et qu’elle n’a jamais été retrouvée, mon grand-père a paru très affecté. Pendant des semaines il est resté cloîtré, ne mangeant presque rien, ne sortant plus. Pourtant ils ne s’étaient jamais entendus, ce n’était un secret pour personne. Ils ne se parlaient que par pure nécessité. Ma grand-mère était une femme timide, très effacée et entièrement soumise à son mari. Elle n’avait jamais travaillé. Lui, avait consacré sa vie à la police. Pourtant l’enquête s’étiola et prit fin assez rapidement. Lorsqu’il nous montra la photo d’un village créé pour recevoir les personnes âgées, quelque part en Arizona, nous fûmes rassurés sur son état mental. Il partit donc. Nous habitions Londres et n’avions que peu contacts avec lui. Sa décision nous soulagea. Hier en rangeant de vieux papiers, je suis tombée sur la photo de ce village. Deux ans déjà qu’il est parti. Depuis aucune nouvelle. J’avoue ne pas avoir beaucoup pensé à lui. Je restais un moment devant cette photo. Pourquoi était-il parti si loin abandonnant complètement les recherches malgré ses relations. Mon cerveau m’envoya alors : « malgré ou grâce à… ». Ce qui me vint à l’esprit, ne pouvait être balayé. Je me confiais à mon mari qui partagea mes doutes, et nous avons décidé de lui rendre visite. C’est ainsi qu’un matin de printemps nous nous sommes retrouvés face à lui, dans une petite maison qu’il occupait avec une dame coquette, bruyante, riante, tout le contraire de ma grand-mère. Il nous apparut tellement heureux, rajeuni, détendu, naïf dans son bonheur tout neuf, et dans son habit de shérif (on ne change pas) que par un regard complice, nous avons décidé de taire nos questions.

Une idée qui faisait son chemin

 

Ce matin il a remis la pendule en marche. Il est 15 heures quand il s’assied à la table de la cuisine. Il revoit les quatre hommes descendre avec précaution le cercueil dans la fosse, à la même heure, hier.

Il écrit : « Vieillard, bon pied bon œil, cherche aide dans le même état pour tromper solitude.

Coquette maison, piano qui attend des doigts de fée pour chanter, et

Vieillard ne demandant qu’à danser.

Sur le buffet une enveloppe déjà timbrée et pré-adressée est posée. Il glisse sa feuille à l’intérieur et, muni de son déambulateur se rend à la boite à lettres la plus proche.

25 janvier 2016

Les reflets de lumière ont disparu, laissant

Un vide sombre avaler le bonheur.

Reste l’inquiétude possible.

Le personnage professionnel, droit, parfois jovial

Est pourtant ridicule ou gracieux jusqu’à la perfection.

L’attitude trahit la peur.

Narcisse ironique, pose pour d’aguicheuses idoles

Prêt à se faire attendre,

Impatience insatisfaite.