Il y a des lieux

acrylique / Sophie G

Il y a des lieux que l’on imagine….

Le labyrinthe halluciné du lapin frénétique poursuivit par une Alice éperdue,

La diabolique maison en alléchant pain d’épice d’Hansel et Gretel,

La diabolique maison en alléchant pain d’épice d’Hansel et Gretel,

La forêt enchantée qui se referme pour cent interminables années sur la Belle endormie,

Les fêtes débridées du Chicago des années folles,

La planète Mars exempte d’air et d’eau, avenir parait-il, de l’humanité,

La foisonnante vie cachée Dix mille lieues sous les mers,

Les trésors sans pareil de la cité engloutie de l’Atlantide.

Il y a des lieux où l’on regrette d’être allé…

Les fêtes vulgaires, tape-à-l’œil, lieux dits « the place to be »,

Les rues nauséabondes autour du globe où l’on vend les enfants,

Les plaines à l’abandon, affligeantes de malpropreté,

Les forêts dévastées, exploitées jusqu’à l’absurde,

Les endroits contigus, pitoyables, où la pudeur aurait été de mise,

Les milieux où, le cœur à l’envers, on a senti la honte nous enflamme les joues,

Les détroits où, tombé de Charybde en Scylla, on s’est presque perdu de vue.

Il y a des lieux sacrés…

Les hauts-lieux de l’histoire, somptueux édifices creux, désertés de croyants,

Les ruines devenues romantiques des trop puissants hérétiques,

Les pagodes emplies jusqu’à la gueule de fidèles superstitieux,

Les temples mystérieux témoins d’un autre âge,

Les monastères haut perchés, loin de la terre mais encore fort éloignés du ciel,

Les grottes en suspension, sanctuaires étonnants, à couper le souffle,

Les sites vénérés des peuples premiers, bafoués, interdits.

Il y a des lieux qui nous enferment…

Au fond des geôles humides, derrière des claustras ouvragés, oublié dans des pièces bleues dont on a perdu la clé,

Dissimilé sous des voilages en dentelle, piégé dans des salons cossus,

Exposé sur des trottoirs fétides, traqués par des sortilèges,

Employé dans de larges espaces aménagés,

Là où les autres nous méprisent, nous ignorent, nous font sentir bons à rien,

Là où on nous tient sous cloche, tuant toute velléité de rébellion, toute tentative d’évasion, étouffant l’initiative et l’imagination,

Là où, interdit, on meurt, seconde après seconde, de tristesse et d’ennui.

Il y a des lieux qui nous rappellent notre enfance…

La plage qui éveille la mélancolie,

Lorsque la senteur des embruns fait pétiller les yeux,

Les sentiers forestiers que nos pas arpentent en connaisseurs,

Le jardin que l’on voyait plus grand où, chaque été, fleurissaient des cabanes,

La cuisine où, surveillant la vielle horloge, sans cesse s’affairait la grand-mère,

Le grenier qui cacha si bien nos secrets,

Là où l’impression de chaleur chaque fois déchire le cœur.

Il y a des lieux où on se fait que passer…

Entre deux trains,

Deux avions,

Deux amours,

Sans un regard pour l’instant,

Sans un soupir,

Les pensées et le cœur

Tournés vers l’ailleurs.

Il y a des lieux où on se détend…

Au creux d’une rivière cristalline qui murmure gaiement,

Devant un feu de cheminée, un livre à la main,

Plongé dans l’océan, glissant sous la caresse infinie de l’eau,

Abandonné dans l’obscurité bienveillante d’une salle de cinéma,

Rêveur sur une route de campagne au charme verdoyant,

Au sommet d’une montagne d’où la vue au lever du soleil relève de la magie,

En confiance, avec des amis, autour de vin, de rires et de confidences.

Il y a des lieux qui nous font peur…

Lorsque l’angoisse monte, que la frayeur nous aveugle,

Quand la stupeur nous propulse et nous pousse à la fuite,

Quand l’envie est là, mais la crainte plus présente,

Enseveli dans la tourmente de la tempête,

Quand tout n’est que bruit et fureur,

Lorsqu’on attend le mot qui réconforte, qui guérit,

Là où notre vie semble se jouer aux dés et que l’on a oublié la règle du jeu.

Il y a des lieux que l’on aimerait visiter,

Là où le cœur nous portera si la vie s’adoucit,

Là où la seule évocation des noms nous dessine un sourire,

Là où notre âme se réchauffera, deviendra plus légère,

Là où l’air semble plus raffiné, les sons plus subtils,

Là où la curiosité aiguise notre soif d’apprendre,

Là où l’élan de la vie nous prend par la main au rythme d’une danse,

Là où sans se plaindre, notre amour nous attend.

Une réflexion au sujet de « Il y a des lieux »

  1. administrateuse

    Bravo Sophie et merci de partager de partager ton texte et ta peinture. Un bel atelier autour des « notes de chevet » de Sei Shonagon.

    Répondre

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